28.06.2007

Le TGV Est et la maladie chronophage

Une fois n'est pas coutume, j'aimerais ouvrir un débat sur un sujet qui me passionne et dont l'intérêt remonte à ma prime adolescence : l'écoulement du TEMPS (peut-être est-ce dû à un abus de télévisionnage de l'émission "Temps X" des frères Bogdanoff ? Ou bien serait-ce l'arrivée - tant attendue - du TGV Est à Strasbourg ? Bref...).

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Depuis quelques décennies (et le phénomène semble s'accélérer), on dirait qu'une épidémie mondiale et terrible, contre laquelle on ne fait rien, se propage : la maladie mangeuse de temps ou chronophagite.

Alors que les progrès techniques sont sensés nous faire gagner du temps, nous rendre la vie plus facile... c'est tout l'inverse qui se produit ! Les temps modernes dévorent notre temps. On a l'impression d'en avoir de moins en moins. Comment expliquer ce phénomène paradoxal ?

A priori, spontanément, chacun sera d'accord pour dire qu'aller de Strasbourg à Paris en 2h20 au lieu de 4h00 (dans le meilleur des cas), ça fait gagner du temps et que c'est un progrès. Mais pas selon l'opinion du Mahatma Gandhi qui, en prenant précisément l'exemple de l'amélioration des moyens de transport, nous avait déjà mis en garde. En effet, il estimait que l'amélioration des transports contraignait l'emploi du temps de l'homme : "S'il vous faut une journée pour aller à la ville, vous n'irez qu'une fois par mois et, le reste du temps, vous organiserez votre vie au village avec sérénité; mais qu'advienne un nouveau moyen de transport, en l'occurence l'autobus vous permettant d'aller à la ville en une heure et votre vie sera transformée. Vous irez à la ville une ou deux fois par semaine. Votre temps sera divisé. Vous imaginerez de nouvelles activités et, les transports s'améliorant, vous serez toujours entre la ville et le village, ne profitant ni de l'une, ni de l'autre".

Nous y sommes ! Certains d'entre nous sont sans cesse dans les avions, ne profitent même pas des villes qu'ils visitent, se contentant du trajet aéroport-salle de réunion-aéroport, rentrent fatigués chez eux et n'ont plus le temps de vivre.

J'étend le débat aux moyens de communication modernes : beaucoup d'entre nous, accrochés à leur téléphone mobile, courent, font le va-et-vient entre leur télécopieur, leur ordinateur, leur assistant électronique de poche, leur télévision, leur téléphone fixe, leur console de jeux, leur messagerie électronique sur Internet... et perdent de vue le réel espace-temps. Les plus jeunes d'entre nous semblent les plus concernés par ce mode de "zapping" incessant.

medium_StressTemps-BsipPointCom.jpgLa vie moderne propose tant de facilités que l'on "zappe" (se "divise" dirait Gandhi) sans cesse d'une activité (de travail ou de loisir) à une autre. Tout est devenu "immédiat" et pourtant, le temps manque... De même, on dit à nos petits qu'il "ne faut pas perdre de temps" (un redoublement ? Mon Dieu quelle catastrophe !). Les plus grands jugent que 10 minutes d'attente à une station de tramway sont "insupportables", que les caissières des supermarchés sont toujours "trop lentes", que les longues conversations "s'éternisent", que les débats politiques sont "ennuyeux". Tout doit aller vite, on n'a plus de patience, tout doit être rentabilisé ("Comment ? Vous n'avez pas profité de vos congés pour faire un stage de canyoning, escalader l'Everest, visiter 10 musées, découvrir 20 restaurants, faire 800 km dans la région et voir 5 spectacles ? Quelle perte de temps !"). Nos discussions et nos actes sont de plus en plus simplistes, voire binaires (C'est "tout de suite" ou "jamais" ! C'est "oui" ou c'est "non", "faire" ou "ne pas faire" quelque chose).

Et j'ai l'impression que cette fébrilité frénétique gagne du terrain. Le monde court sans plus prendre le temps de réfléchir, de laisser mûrir, de penser avant de décider, de s'organiser, de savourer. A t'on peur de penser ? Est-ce pour éviter de réfléchir à notre condition humaine qu'on s'étourdit ainsi ? Tout le monde se dit "pressé" (ça fait "bien" d'être constamment occupé !), court, "n'a pas le temps"... Avez-vous vécu à Paris ? Au début, on se dit que les Parisiens sont fous de courir, de se bousculer comme ils le font dans le Métro. On pense qu'ils courent peut-être après quelqu'un... On se retourne, mais non, ils ne poursuivent personne ! Et au bout de quelques jours, on fait comme eux !!! Illusion de devoir courir après un moment de temps que l'on se persuade de ne pas avoir...

Mais en réalité, ce temps que l'on pense ne pas avoir, que l'on pense peut-être enfermé quelque part dans un grand trou noir ou en fuite permanente, il est tout simplement là devant nous, disponible quotidiennement, à chaque seconde. Simplement, on ne prend pas le temps. En effet, à l'évidence, je le répète, le temps est là à notre disposition. Il n'a pas changé. C'est toujours le même depuis... la nuit des temps. Il ne s'écoule ni plus vite, ni plus lentement. A nous de décider ce que nous en faisons, comment nous voulons l'utiliser, si nous souhaitons le fractionner en petits morceaux ou en prendre des grosses tranches.

medium_Horloges-BsipPointCom.jpgJe suis conscient que ce que j'écris est un peu illusoire parce que nous sommes tous soumis à des contraintes liées aux conséquences de nos décisions relatives à l'usage que nous faisons de notre temps. Néanmoins, je crois possible d'éviter de se persuader quotidiennement que nous n'avons pas le temps, d'éviter de se stresser, de se faire soufrir inutilement, simplement en commençant par exemple par dire : "je ne prends pas le temps" (et non pas "je n'ai pas le temps") de faire ceci ou cela parce que "j'ai décidé" de faire ceci ou cela à la place. Et de décider parfois de ne rien faire d'autre que d'observer la nature, de réfléchir posément. Ces petits gestes simples permettent de retrouver l'équilibre, d'échapper quelques instants à la tornade des temps modernes, de se donner au moins l'illusion de maîtriser un peu de son temps. Et ça fait un bien fou !

Le débat est ouvert. Merci d'avance pour vos commentaires. 

A suivre...

Yann 

25.03.2007

Vive l'Europe !

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25 mars 1957 - 25 mars 2007...
 
Déjà 50 ans ?! Seulement 50 ans !!! Et que de chemin parcouru malgré la course d'obstacles... Je suis européen de fait, de coeur et de conviction. L'un des rares documents que je conserve à portée de la main dans mon bureau est la Déclaration du 9 mai 1950 dite "du Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay" de Robert Schuman par laquelle il établissait les fondements de la construction européenne. Il est bon de la relire régulièrement. Pour ne pas oublier d'où l'on vient. Et ne pas être tenté de rejeter cette magnifique idée qui est de faire vivre ensemble et en paix près de 500 millions de personnes.
 
Il me semble essentiel, en cette période d'immobilisme provoquée par le "non" français au referundum sur le "projet de Constitution européenne", de rappeler le début de cette Déclaration, car tout est dit en quelques phrases :
 
"Il n’est plus question de vaines paroles, mais d’un acte, d’un acte hardi, d’un acte constructif. La France a agi et les conséquences de son action peuvent être immenses. Nous espérons qu’elles le seront.  Elle a agi essentiellement pour la paix. Pour que la paix puisse vraiment courir sa chance, il faut, d’abord, qu’il y ait une Europe. Cinq ans, presque jour pour jour, après la capitulation sans conditions de l’Allemagne, la France accomplit le premier acte décisif de la construction européenne et y associe l’Allemagne. Les conditions européennes doivent s’en trouver entièrement transformées. Cette transformation rendra possibles d’autres actions communes impossibles jusqu’à ce jour. L’Europe naîtra de tout cela, une Europe solidement unie et fortement charpentée. Une Europe où le niveau de vie s’élèvera grâce au groupement des productions et à l’extension des marchés qui provoqueront l’abaissement des prix. Une Europe où la Ruhr, la Sarre et les bassins français travailleront de concert et feront profiter de leur travail pacifique, suivi par des observateurs des Nations Unies, tous les Européens, sans distinction qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest, et tous les territoires, notamment l’Afrique qui attendent du Vieux Continent leur développement et leur prospérité.Voici cette décision, avec les considérations qui l’ont inspirée.
 
La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.

La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre.

L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait
".
 
 Ainsi, s'il ne fallait qu'une seule raison de fêter, célébrer, louer même, la construction européenne, les 62 ans de paix qu'elle nous a offert seraient plus que suffisants. Il me semble que cette situation, qui nous paraît aujourd'hui si évidente, est en réalité totalement inédite dans notre histoire. Jamais la France n'a vécu aussi longtemps en paix...Or, contrairement à ce que nous sommes tentés de croire, cette situation n'est pas acquise une fois pour toute. La période récente nous démontre que nous ne sommes pas définitivement à l'abri d'un retour des nationalismes politiques ou économiques (voir les conflits entre Etats à propos des suppressions d'emplois au sein du groupe Airbus; voir les discours de nos candidats à l'élection présidentielle sur l'identité nationale; voir les réactions syndicales aux délocalisations dans certains pays de l'Est; voir les critiques de certains pays envers d'autres à propos de leur politique d'immigration, de controle des frontières ou leur politique étrangère...). L'entretien de bonnes relations à travers des intérêts communs sans cesse développés et multipliés est une nécessité absolue. Dire "non" à l'Europe, c'est dire "non" à la paix.
 
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J'aimerais également revenir sur la dernière phrase de cet extrait. En effet, la construction de notre communauté ne peut se faire que par des mises en commun progressives d'intérêts très concrets. On ne peut et ne doit vouloir faire l'Europe (quelle qu'elle soit) d'un seul coup et du jour au lendemain. La construction européenne a toujours avancé "à petits pas", par des mises en commun échelonnées sur de longues périodes d'intérêts très concrets .
Aujourd'hui, quels sont les intérêts concrets (sans parler de Constitution, de "grande" Europe ou je ne sais quoi d'abstrait et idéaliste) que nous pourrions mettre en commun ? Je crois que "la Défense" (au sens très large du terme) est un intérêt commun essentiel trop négligé : défense ou protection de son territoire et de ses citoyens (contre le terrorisme, les problèmes de santé, les traffiquants, la défense de l'environnement...), d'une part, et de ses valeurs (la paix, la coexistence, la tolérance et la protection des cultures régionales et nationales au sein d'un même ensemble, le développement d'une véritable citoyenneté européenne, la capacité d'intervenir sur la scène internationale et partout où ses intérêts sont menacés...), d'autre part. Réunissant leurs forces dans ces domaines, les 27 Nations membres se sentiraient plus fortes, plus indépendantes des autres grands (Chine, Inde, USA...) et n'auraient plus les moyens de jamais envisager le moindre conflit guerrier entre elles. Cependant, cela implique bien évidemment une mise en commun de notre souveraineté (je préfère cette expression de "mise en commun" au terme "abandon" de souveraineté, par lequel on donne toujours le sentiment d'être perdant...). Chacun des Etats membres, des chefs d'Etat et de gouvernement est-il prêt à cela ? Ont-ils la volonté et le courage de convaincre leurs concitoyens de s'impliquer dans ce nouveau chantier ? Ont-ils encore le choix ?
 
Et surtout, la paix et la réanimation de la construction européenne n'en vallent-elle pas la chandelle ?
 
A suivre...
Yann